vendredi 18 septembre 2009

INDONESIE:

du 2 au 17 septembre: Zkpltwr, Yogyakarta



Le hasard nous a donc déposés sur l'île de Zkpltwr dont nous ne soupçonnions même pas l'existence. Cette île est étrange... elle semble avoir été préparée pour le tourisme (affiches, nombreuses chambres d'hôtes) mais nous n'y croisons que rarement un visage boulan (blanc!). Nous nous installons dans un "homestay" géré par une famille adorable qui nous sert de bons petits repas traditionnels (riz, poissons frits, manioc, tempeh, sauce chili...) et très bons marché, à la tombée de la nuit, car c'est toujours le ramadan.



noix de cajou


Lorsque nous nous promenons dans les rues du village, tous les habitants nous sourient et nous disent "hello! hello mister!" et les enfants sautillent de joie à notre vue... Quel accueil!Le village est très propre par rapport à ce que nous avons vu jusqu'à présent. Il y a même des poubelles de tri! C'est très vert, il y a en outre du gazon, et des chèvres! Très peu de voitures (mais beaucoup de mobylettes), et pas d'électricité la journée... on nous dit que l'intention est de développer l'éco-tourisme...




L'activité principale de l'île est la pêche, et le port est pour nous un excellent lieu de détente où nous observons les allées et venues des petites embarcations naviguant sur de superbes eaux limpides et turquoises.


Nous faisons de belles promenades autour de l'île... Ah... la couleur de l'eau!!! magique...




Une semaine de remise en forme (après trois jours d'intense stress!) où nous nous levons le matin à six heures pour aller au marché traditionnel qui a lieu chaque jour de 6H à 7H (il n'y a pas de système de réfrigération et les températures sont rapidement très élevées...) Étals sur une nappe à même le sol: légumes, poissons, tofu, vivres divers... Les légumes sont rares ici et sont principalement vendus en un petit lot dans un sac en plastique contenant quelques feuilles de chou, une carotte, une demi-pomme de terre!





Chaque nuit nous sommes réveillés à 3H par une fanfare de percussions qui quadrille le village, réveillant les habitants pour leur dernier repas avant le jour...





Puis nous quittons l'île... Nous aurions aimé rester, mais on ne peut tout de même pas s'éterniser... Nous avons décidé de nous rendre à Yogyakarta pour faire un peu de tourisme culturel! Eh oui... On est un peu refroidis pour l'Australie, de plus l'info nous vient aux oreilles qu'il est possible de travailler en Indonésie en tant que professeur d'anglais (ou de français?) pour un salaire nettement supérieur à celui des cueillettes au pays des kangourous...

Nous prenons trois bus, ce qui n'est pas si simple dans les circuits non-touristiques de l'Indonésie (le gros du tourisme se cantonne à Bali et Yogyakarta) mais nous commençons à baragouiner quelques phrases en bahasa indonesia alors nous trouvons notre chemin...



A Yogyakarta (dénommée Jogja) nous visitons le temple hindou de Prambanan (IX siècle), les fresques duquel nous poussent à lire le Ramayana, classique version indonésienne d'une légende indienne.






Puis nous gravissons le temple bouddhiste de Borobudur (IX siècle), le plus grand monument bouddhiste au monde. Il incarne la cosmologie bouddhiste. Ses bas-reliefs relatent la vie du Bouddha Sakyamuni, les trois étapes de la préparation mentale pour accéder à l'illumination: les niveaux inférieurs représentent le monde des désirs, les niveaux intermédiaires représentent le monde des formes, les niveaux supérieurs le monde sans formes (+ d'infos: wiki). En signe de respect pour le temple, mais surtout afin d'atteindre symboliquement le nirvana, nous le gravissons selon la tradition: en faisant trois fois le tour de chacun des neuf niveaux, autant que le permettent les travaux qui y ont lieu...







C'est une belle expérience, une belle énergie, mais nous déplorons le prix d'entrée: les guichets pour touristes sont à part, "VIP" (mdr!) et affichent en dollars un prix 10 fois supérieur au prix payé par les locaux... Heureusement nous avons nos cartes d'étudiants!



Par ailleurs en Indonésie c'est un combat perpétuel à chaque dépense (repas, transport, achats divers...), si on ne demande pas le prix avant c'est le triple qu'on nous fera payer!!! A la longue c'est épuisant... Notre budget est serré mais nous sommes blancs alors nous sommes des dollars ambulants... On ne peut pas s'attendre à autre chose dans un pays ou l'état est loin de montrer l'exemple: corruption notoire, tarifs demandés aux touristes...


marché aux oiseaux (humpf...)

Néanmoins les indonésiens se montrent souriants dans toutes les situations, et serviables, toujours prêts à vous aiguiller... Gentillesse et calme... voire nonchalance.
La ville est agréable, le quartier touriste se situe dans des petites ruelles calmes et sympathiques, sans voitures... Ce n'est pas le cas de la grande rue Malioboro, où circulent bus, voitures, scooters, charrettes à cheval, pousse-pousse, piétons... Y sont vendus des milliards de produits pour touristes (batiks, T-shirts, objets divers...), chaque stand exhibe des milliers d'articles, et tous ont les mêmes, à se demander comment les vendeurs arrivent à en vivre!


triple humpf...

Je me rends à mon premier entretien pour enseigner l'anglais dans une école de langue. Il y a effectivement une grande demande de professeurs, seulement le salaire se révèle être en réalité entre 300 et 400 Euros par mois, ce qui est bien pour qui voudrait s'installer ici mais nettement insuffisant pour économiser de quoi voyager quelques mois de plus... D'autant que pour Yohan, il n'y a ici pas de possibilité de travailler... alors tant pis... nous commençons à re-envisager d'aller en Australie.



Nous gravissons ensuite le volcan Bxkrpw, une bonne randonnée de quatre heures, bien raide, pour atteindre un plat à 2700m d'altitude où nous plantons la tente à l'abri d'un gros rocher. Il y a un vent puissant et glacial (on est plus habitués...), qui pousse les nuages tout autour de nous, et nous sommes seuls dans une ambiance de bout du monde, un paysage de roches et de poussières volcaniques, grises, parsemé de quelques buissons solitaires, sans visibilité aucune...




Une île volcanique dans les nuages!!! Après une nuit agitée (éclairs qui me feront appréhender un éventuel orage en haute montagne, ne sachant pas trop comment y réagir, froid, sol très dur, vent qui agite la toile de la tente, bruits de bestioles!) nous nous levons à 4H du matin en compote, pour admirer un lever de soleil magique sur une mer de nuages, puis grimper encore une heure jusqu'au cratère , que nous découvrons fumant (on est jamais au courant, nous!!!), puis au sommet (2900m), d'où nous pouvons nous émerveiller devant un spectacle de haute qualité: le volcan d'en face, culminant à 3100m, et les quelques volcans des environs, surgissant d'un océan de nuages à perte de vue... Nous sommes époustouflés, en plein dans la puissance de mère nature, seuls!












mardi 8 septembre 2009

du 26 août au 1 septembre 2009

ÉDITION SPÉCIALE : QUAND LA HOULE NOUS PREND...




Avant d'embarquer sur le catamaran de Glen l'australien, nous passons quelques jours à Jakarta. La ville est énorme, et probablement la plus visiblement polluée qu'on ait jamais vue: les larges caniveaux putrides sont remplis à ras bord d'une soupe brune de déjections, d'ordures et de plastiques divers macérant au soleil, égouts qui se vident dans les rivières, qui elles se jettent dans la mer... L'air est surchargé d'un voile noir épais, la circulation est très intense: des milliers de touc-toucs et de scooters fumant noir s'entassent jusque sur les trottoirs (il faut préciser que jusqu'ici en Asie les trottoirs sont impraticables pour les piétons, ils servent à tout sauf à trotter, sont envahis d'étals ou de voitures en stationnement, et ici carrément par la circulation...) et quand le feu passe au vert c'est un chaos sonore à côté duquel un concert de crust sonne comme une douce berceuse... Pollution de l'eau, de l'air, pollution visuelle et pollution sonore... un festival!



Donc on est bien contents d'embarquer à bord du Highway Star et de prendre le large!



Sur à peu près 15 miles nautiques (28 km terrestres) la mer est une véritable poubelle. Notre rôle, assis à l'avant du catamaran, est de contrôler que nous ne passons sur aucune corde ou filet qui pourrait se prendre dans les hélices des moteurs... C'est dans cette eau saturée de déchets que les pêcheurs lâchent leurs filets... Nous sommes impressionnés par la concentration en navires en tous genres, pétroliers, bateaux de commerce, ferries, bateaux de pêche... Je me dis que si on collait tous les bateaux du monde côte a côte au milieu du pacifique ça créerait carrément un continent... L'homme est partout, il occupe tous les espaces et les saccage allègrement (au nom de quoi à votre avis?) Triste réalité, pénible à voir, mais l'avoir vue nous permet de prendre conscience de l'ampleur des dégâts (auxquels il faut remédier biensûr!)


huile déversée dans la mer...


Puis nous atteignons enfin le large, là ou la pollution ne se voit plus mais aussi là où le roulis se fait plus important! La mer est plus grosse que lors de notre première expérience, même si c'est loin d'être l'océan... mais après avoir discuté cinq minutes avec Glen, je commence à avoir mal au ventre. Je retourne donc me poster à l'avant du bateau, mais le mal est fait, et la nausée s'installe...

A l'avant je suis en plein vent, ce qui a tendance à améliorer mon état, mais c'est aussi en plein soleil. Et on est pas loin de l'équateur! Mais à l'idée de marcher jusqu'à l'arrière pour attraper la crème solaire j'ai envie de vomir alors je repousse le moment redouté... Puis Yohan m'aide à venir à l'arrière pour mettre de la crème (il est obligé de me la mettre, je ne peux pas regarder en bas). Je m'assois un peu à l'ombre (les seuls endroits à l'ombre sont la cabine, où il est hors de question que j'aille, et, seulement le matin, l'espace de pilotage qui est en contrebas donc sans air ni visibilité sur l'extérieur) Et là d'un coup ça me tourne, ça monte, ça monte, et blurgh ça sort... Je vomis trois fois puis je suis inservable alors je m'allonge et je dors, et petit à petit le soleil vient se poser sur moi mais je suis incapable de bouger. Tout me parait insurmontable, même manger, surtout manger! Yohan me force à boire de l'eau pour que je ne me déshydrate pas.



Quarante-huit heures de mal de mer où je ne peux rien faire, Yohan et Glen se partagent donc la surveillance de la navigation et c'est plus difficile car je ne suis là ni pour faire mon quart la nuit, ni surtout pour traduire l'anglais australien de Glen à Yohan...



Glen décide de s'arrêter près de l'île de Zkpltwr pour voir si mon état s'améliore et pour prendre du fuel. Ca va très vite mieux, j'ai l'estomac et les tripes en compote, mais la nausée m'a quittée.




Nous l'avions remarqué dès notre première rencontre, Glen est un peu maniaque... Nos effets personnels ne doivent pas dépasser un certain volume (cube de 30cm de côté), pas de bouteille plastique, ni pour boire, ni pour les toilettes (nous nous sommes adaptés à L'Asie et n'utilisons plus de papier...). Il y a aussi la gazinière, il faut faire très attention car il serait fâcheux de faire exploser le bateau. C'est sûr... le problème c'est que Glen est derrière nous au moindre mouvement, ça tu le mets là, ça tu fais comme ci, ça tu fais comme ça, il va jusqu'à m'expliquer comment faire la vaisselle... les verres d'abord, la casserole à la fin, et avec la brosse s'il vous plaît, et pas l'éponge! Ah...

Yohan est mal à l'aise et n'ose plus rien toucher, se sentant (et étant effectivement) surveillé et entravé dans sa liberté de mouvement. Il n'ose même pas se faire à manger... Forcément sa spontanéité s'évapore...

Alors que je me remets doucement de ma sale expérience, Glen me demande soudainement si Yohan a appris à dire "s'il te plaît" et "merci" en anglais. Je dis bien sûr et commence à sentir comme un malaise... Évidemment le dialogue s'était coupé entre Yohan et Glen à cause de la barrière de la langue et parce-qu'on ne se sentait pas les bienvenus dans son espace. A partir de cette remarque, plus de dialogue du tout... Moi je commence à stresser et mes intestins se liquéfient à chaque nouveau stimulus... Super pour reprendre le contrôle de mon corps...

Mais revenons à la vaisselle. J'avais complètement oublié que nos amis les anglo-saxons (dont je suis, certes!) ne rincent pas la vaisselle après l'avoir lavée avec une bonne giclée de détergent chimique, ce qui laisse un agréable arrière goût de citron synthétique gélifié sur tous les ustensiles et donnerait la nausée à plus d'un latin... Je suis prête bien sûr à me plier au règlement qui régit ce bateau, mais je raconte sur le ton de l'anecdote que pour un français c'est dégoûtant, et que si ça ne tenait qu'à moi je la rincerais (à l'eau de mer bien entendu!), mais que je ferai comme il voudra, c'est juste histoire de le dire, et d'en rire... Là il me rétorque en gros que tant que je mangerai de la farine blanche je n'aurai rien à dire sur le sujet (la farine blanche a été sélectionnée, trafiquée, blanchie année après année, est une cause cachée de bien des maladies: diabète, allergies, cancers... et est certainement plus toxique qu'un peu de liquide vaisselle, je veux bien le croire, mais l'idée de manger du liquide vaisselle... beurk...) Il ajoute qu'un peu de détergent me ferait certainement du bien et m'endurcirait un peu... Son argument final: tu es sur un bateau australien, tu fais australien!!! humpf d'accord...

A partir de ma petite remarque sur nos petites différences culturelles, c'est ma relation avec Glen qui se détériore, car à partir de là il m'enverra constamment des petites piques comme: "puisque tu es si intelligente!" ou "tu fais comme tu veux! c'est toi l'écolo!"... Je décide de ne pas me formaliser, et de continuer de tenter de rétablir la communication car mes intestins fragilisés ne supportent pas cette tension...



Le lendemain il me dit pour la troisième fois de ne pas laisser le gaz ouvert quand il n'y a pas de flamme (sans blague!) car quand tu possèdes un bateau d'une telle valeur tu dois prendre d'infimes précautions... Je tente de le rassurer en lui disant que j'ai l'habitude du gaz, que dans ma yourTA YOURTE!!! MAIS TA YOURTE ELLE VAUT MÊME PAS UN PLACARD DE MON BATEAU!!! Là je suis abasourdie, devant tant de bassesse je ne sais que dire... Pour Yohan c'en est trop, il décide de débarquer ici, tant pis, il ne le supportera pas un jour de plus...

Voyant comment Glen se permet de me parler, et comment je suis (physiquement) mal face à lui, Yohan sort de ses gonds et lui sort ses quatre vérités... Enfin il essaye, car Glen ne veut rien entendre, et lui coupe sans cesse la parole pour lui dire "inutile d'en dire plus, je vous débarque!"... Glen a sa lampe frontale allumée et aveugle Yohan lorsqu'il le regarde alors Yohan lui demande de la baisser S'IL TE PLAIT mais Glen s'y refuse, alors Yohan allume la sienne. Là, Glen se lève et le menace de son équerre en plastique: "tu fais pas ça dans mon bateau!" tentant de prendre le dessus, mais voyant que là il a quelqu'un en face de lui, il perd son assurance. Extinction des lampes, Yohan suggère de discuter en adultes intelligents afin que chacun puisse exprimer son ressenti. Impossible, Glen ne veut rien entendre et tente de se sortir de cette situation en nous empêchant de parler. Il veut nous voir disparaître au plus vite.

Yohan parvient tout de même à lui dire qu'il y a la politesse (la forme) et le respect des autres (le fond), que sa façon de me parler n'est pas acceptable, et que de toute évidence il a BESOIN d'un équipage mais ne VEUT pas accueillir des gens dans son espace... Yohan, énervé, a retrouvé son anglais, la barrière de la langue s'est effondrée, mais ses paroles se heurtent à un mur...

Nous sommes donc débarqués à Zkpltwr... Là c'est Glen qui est emmerdé, car il n'est pas capable de naviguer tout seul pendant deux jours sur son catamaran équipé tout confort (enfin chacun son idée du confort) et toute sécurité...

Aargh! J'ai oublié ma crème solaire à bord! Je sais... ma fierté m'aurait dicté de la lui laisser... mais c'est un super écran minéral bio vegan que je trimballe depuis plus d'un an, et vu le gars, il serait bien fichu de la jeter par dessus bord... Pour l'anecdote, il refuse de pêcher le moindre poisson mais achète du thon en boîte... pour lutter contre la surpêche y'a pas mieux...

Je lui téléphone donc pour lui demander de me la ramener la prochaine fois qu'il vient à terre, et il m'envoie un "je suis sûr que cette crème a une haute importance dans ta vie (minable, sous entendue) et qu'elle vaut une fortune!" Je dis oui et il me dit qu'il la déposera au magasin. Je lui demande lequel et il me dit qu'il voit pas pourquoi il devrait se prendre la tête pour moi et moi je ne dis rien (j'ai vraiment un problème pour me faire respecter), je raccroche, et je fonds en larmes... Yohan ne supporte pas qu'il me parle comme ça alors il prend le con (comme il dit!) et décide d'aller l'attendre sur le quai...

Oui je sais... C'est pas très joli, je pense que c'est tout sauf la bonne solution... mais à force d'essayer de tempérer je suis devenue obstrusive... alors je le laisse faire... Et le gars, qui n'entendait rien de ce qu'on essayait de lui dire pour rétablir notre intégrité dans ce rapport humiliant, dans cette lutte de pouvoir psychologique qu'il avait instaurée, s'imposant en dominateur arrogant dès le début, bein il s'est pris deux ou trois coups, et il a tremblé... Pas très reluisant certes...



Avec du recul et après pas mal de bla bla, nous sommes absolument et complètement conscients que rien ne justifie la violence physique (ni non-plus la violence psychologique d'ailleurs) et regrettons ce geste. La violence c'est l'échec de la colère. Nous ne sommes pas parvenus à nous faire entendre et respecter. La violence n'a fait que décharger une tension, en aucun cas elle ne nous aura servi à être écoutés, ou respectés... Et c'est même notre respect de nous-mêmes qui en a pris un coup... Lui de son côté, après un tel geste, n'aura que peu de chances de pouvoir regarder sa propre violence (verbale), et de se remettre en questions...